Le réveil – Chapitre 2

Jean décrocha le combiné et composa le numéro qu’il connaissait par cœur. Sa nouvelle connaissance l’attendait sur un banc de la nef, reprenant peu à peu son calme. Pendant ce temps, il avait gagné la sacristie pour prévenir Benoît, le chef des opérations. Ils devaient s’occuper de Marianne au plus vite, avant qu’il ne soit trop tard.
De l’autre côté de la ligne, quelqu’un décrocha. Aucun mot ne fut prononcé, mais deux coups secs se firent entendre. Jean prit alors la parole.
— C’est le père Jean. J’ai besoin que vous m’envoyiez quelqu’un.
Une voix masculine qu’il reconnut comme celle de Benoît lui répondit :
— Que se passe-t-il ?
— Nous avons une nouvelle cliente.
— Encore une !
— Cela fait cinq mois qu’aucun cas ne s’est manifesté.
— Il y en a eu un autre aujourd’hui, à une centaine de kilomètres de chez vous. Une Américaine apparemment. Terry est sur le coup. Comment est le tien ?
— Bouleversée. Elle attend impatiemment un soutien.
— Depuis combien de temps ?
— Entre 40 et 45 minutes.
Son interlocuteur sembla comprendre l’urgence de la situation.
— Je suis là dans une heure.
— Sois prudent. Des SS traînent dans les parages.
— Devrais-je être surpris ? Ils sont pires que des vautours.
Il raccrocha. Le curé reposa doucement le combiné et posa son front sur le mur en signe de découragement. Cela n’en finirait-il donc jamais ? Quand il s’était ordonné prêtre, c’était dans le but d’aider son prochain. Il savait que c’était une voie dangereuse, qui l’occuperait une bonne partie de sa vie, mais il espérait secrètement que la dictature serait vaincue un jour ou l’autre. L’espoir commençait à s’amenuiser.
Il se reprit. Une jeune femme avait besoin de son aide et de sa force, ce n’était pas le moment de flancher. Il se dirigea vers la nef. Son regard se teinta de pitié quand il l’aperçut. Recroquevillée sur un des bancs, elle fixait sans le voir le christ crucifié derrière l’autel. Elle semblait complètement perdue. C’était évident, qui ne l’aurait pas été à sa place ? Il s’approcha d’une démarche rassurante et s’assit à ses côtés. Elle lui jeta un coup d’œil avant de rebaisser les yeux vers ses pieds. Elle se blottit plus confortablement dans sa couverture et murmura :
— Alors tout ce que je connais, la victoire des alliées, la démocratie, les trente glorieuses… Tout ça ce sont des mensonges ?
— Plus ou moins. À ce que je sais, tous les événements générés par la puce ont un précurseur dans la réalité, mais pas avec les mêmes protagonistes, cela va sans dire.
— Ils ont pourtant totalement réinventés les années entre 42 et 58.
Il le lui accorda d’un mouvement de tête. Elle se massa les tempes, puis demanda d’une voix ferme :
— Racontez-moi. Racontez-moi tout.
— Je n’ai malheureusement pas le temps de tout vous raconter. En combien de temps étudiez-vous cette période avec vos élèves ?
— On essaye de le faire en quelques mois…
— Je n’ai pour ma part que quelques heures.
— Alors parlez-moi de ces puces.
— Bien. Durant la décennie suivant la mort d’Hitler, une équipe de scientifiques nazis ont conçu la réalité virtuelle et la puce qui permet d’y connecter n’importe qui. La réalité virtuelle a été créée selon le monde qui nous entoure ; pour ce qui est des événements qu’elle simule, des techniciens entrent les nouveaux paramètres. A ma connaissance, cela fonctionne toujours ainsi. Un plan leur apportant la victoire absolue est alors apparu dans l’esprit des dirigeants. Implanter cette puce en tous leurs ennemis, afin de les mâter sans qu’ils ne s’en rendent compte, et de les contrôler.
Il reprit son souffle avant de continuer.
— Ils ont commencé par implanter la puce sur tous les prisonniers des territoires qu’ils contrôlaient, une grande partie de l’Europe, donc. Pour programmer les opérations sur une grande échelle, les Nazis avaient besoin des Italiens et surtout des Japonais. Ils ont contracté une alliance secrète le 12 janvier 58. Ensuite, un nombre incalculable de puces ont été produites, assez pour couvrir la totalité de leurs opposants sur les continents européen, asiatique et africain. Quand elles furent prêtes, ils se coordonnèrent pour attaquer toutes les poches de résistance dont ils avaient connaissance : réseaux, maquis… Tous furent démantelés ; les hommes arrêtés et pucés la nuit du 13 au 14 mars 1958. Elle est appelée depuis « Nuit de l’oubli ». Ils ne restèrent alors aux forces de l’Axe que peu d’opposants sur leurs terres, totalement désorganisés. Pour les autres, ils n’étaient plus qu’un troupeau de moutons dociles, et ont rejoint leur armée.
Marianne assimila ces nouvelles informations en frissonnant. Jean les lui avait racontées d’une voix posée, mais la souffrance et le dépit transparaissaient tout de même. Elle objecta :
— Mais, les Américains ? Ils n’ont rien fait ?
— Leur guerre civile les avait effroyablement affaiblis. Leur armée était désorganisée. Leurs adversaires, forts de leurs nouvelles recrues, ont débarqués sur le continent américain en mai 58. En quelques mois, la totalité du continent était tombée. Bien entendu, des puces ont été implantées sur tous les rebelles. Et la seconde guerre mondiale était définitivement terminée. L’ordre était revenu sur Terre, ajouta-t-il d’un ton sombre.
La jeune femme bredouilla la question qui devait l’angoisser depuis le début.
— Que… que s’est-il passé ensuite ?
— Les Nazis, les Japonais et les Italiens se sont partagés le monde, et ont continué leur politique… dans tous les domaines.
Elle sembla méditer ces quelques mots. Soudain, son teint blêmit davantage. Un haut le cœur la saisit et elle se baissa violemment pour vomir sur le sol. Nul doute qu’elle venait de repenser à la solution finale. C’était un massacre connu également dans le Monde Virtuel.
Elle se reprit quelques instants plus tard et se redressa. Des larmes silencieuses coulaient sur ses joues.
— Je suis désolée.
— Ne vous en faîtes pas. C’est une réaction normale.
— Il n’y a aucun survivant ?
— Pas officiellement, mais les rumeurs disent que certains ont réussi à passer dans l’empire japonais. Ces derniers sont plus tolérants, surtout depuis la Guerre froide. Heureusement pour le continent africain…
Elle l’observa avec des yeux ronds, perdue devant ses derniers propos. Il s’en rendit compte.
— Excusez-moi. Vous finirez par comprendre ce monde, croyez-moi.
— Mais quand ? Comment ?
— J’ai appelé un de mes amis, Benoît Drogou. Il est spécialiste de ce genre de cas. Il vous emmènera dans un centre d’étude pour vous former à votre nouvelle vie. Avec lui, vous ne craindrez rien.
Elle acquiesça. Un silence s’installa qu’aucun d’entre eux n’interrompit. Elle avait besoin de réfléchir et il le comprenait. De plus, il n’avait jamais été bavard, sans pour autant être taciturne. De longues minutes passèrent. Jean jetait de plus en plus fréquemment des coups d’œil à sa montre. Benoît avait une demi-heure de retard. C’était inquiétant. Si jamais il n’arrivait pas à temps, cela en serait fini pour Marianne.
— Je ne comprends pas.
La voix de la jeune femme avait résonné dans la nef. Il tourna son regard vers elle qui l’observait avec curiosité.
— C’est-à-dire ?
— Pourquoi nous implanter ces puces ? Pourquoi ne nous ont-ils pas tués tout simplement ? Ce serait plus dans leur genre.
— Effectivement, mais ils avaient besoin de main d’œuvre pour faire tourner le monde. Une main d’œuvre docile qui croit vivre dans un monde et n’a aucune idée de ce qu’elle fait dans la réalité.
— Je comprends… Je crois. Dîtes-moi, ces puces, où sont-elles implantées exactement ?
— Les obstétriciens la placent dans la nuque à la naissance.
Elle fit la moue et se massa la nuque d’un geste nerveux. Le prêtre lui demanda :
— Vous avez toujours mal ?
— Non, mais j’ai un mauvais pressentiment.
Jean ne put s’empêcher de se mordre la lèvre mais la jeune femme ne sembla pas s’en apercevoir.
Un vent froid s’engouffra dans l’église quand la porte du transept nord s’entrouvrit pour laisser entrer un homme discret. Il retira son chapeau borsalino marron et releva ses yeux bruns charismatiques vers la nef. Il fit un léger hochement de tête quand il aperçut Marianne et le prêtre, avant de se diriger vers eux. Jean se leva et fit quelques pas à sa rencontre.
— Marianne, je vous présente Benoît, l’ami dont je vous ai parlé.
Ce dernier arriva à leur hauteur.
— Mademoiselle, bienvenue dans le monde réel, déclara-t-il d’un ton sarcastique.
Elle l’étudia sans se lever. Il se doutait de la façon dont elle le percevait. Plutôt grand, il dépassait d’une bonne tête le père Jean. Mais sa taille n’était pas l’unique raison de son imposante assurance. Son regard était droit, mais quelque peu désabusé, et il la fixait actuellement avec un brin d’amusement.
Benoît profitait de l’attitude de Marianne pour la dévisager à son tour. Elle ressemblait à une petite fille perdue au milieu des loups, qui se lève la nuit pour rejoindre le lit rassurant de ses parents. Il aurait sans aucun doute du travail avec elle s’il voulait qu’elle s’en sorte. Il porta son attention sur les alentours et remarqua le sol souillé. Il ne put s’empêcher de remarquer :
— Je constate que vous avez pris conscience de la beauté du monde qui nous entoure.
Elle ne répondit pas. Elle semblait totalement démunie et l’observait avec méfiance, se demandant probablement si elle pouvait lui faire confiance. Il se pinça les lèvres avant de se tourner vers son ami.
— Est-elle muette ?
Cette question la fit enfin réagir.
— Je sais parler.
— Bonne nouvelle ! Ça nous sera très utile pour les jours à venir.
La jeune femme lui jeta un regard noir qui ne l’offusqua pas, bien au contraire.
— Jean, je pense qu’il vaudrait mieux aller dans la sacristie pour la suite des opérations.
— Je suis d’accord.
Marianne fronça les sourcils ; son regard se fit plus suspicieux encore. Jean se rapprocha d’elle et lui sourit.
— Ma fille, suivez-moi, je vous en prie.
Comme elle hésitait, il ajouta :
— C’est pour votre sécurité.
Elle acquiesça et se leva. Elle suivit le curé, Benoît fermait la marche. Peu après, ils arrivèrent dans la sacristie. Benoît referma la porte derrière eux. Marianne observait tout autour d’elle, se trouvant pour la première fois de sa vie dans une telle pièce. Elle était plus petite que ce qu’elle croyait. Au fond, se tenait un meuble avec un petit placard en son milieu, et des tiroirs larges et plats en bas. Il devait sans aucun doute contenir les objets du culte. Au-dessus, un crucifix surveillait la salle.
Le dernier arrivé s’approcha d’une table massive en bois qui trônait au centre de la pièce et y laissa tomber sa besace. Il en sortit avec minutie deux canifs, du désinfectant, des compresses, du coton, du fil et une aiguille.
Marianne se raidit.
— Qu’est-ce que cela signifie ?
Benoît releva un regard surpris vers le prêtre.
— Tu ne l’as pas prévenue ?
— Je ne voulais pas la paniquer.
La jeune femme recula d’un pas.
— De quoi parlez-vous ?
Benoît jura silencieusement et reposa son couteau sur la table. Il se retourna vers elle et la regarda avec assurance. Il posa deux mains fermes sur ses épaules.
— Marianne, c’est ça ?
Elle acquiesça.
— Le père Jean vous a expliqué le fonctionnement de la puce ? Bien. Ce qu’il ne vous a pas dit, c’est qu’elle a une mesure de sécurité dans le cas où elle cesserait de fonctionner.
Elle avala difficilement sa salive pendant qu’il continuait.
— Dans un délai d’approximativement trois heures après son arrêt, la puce envoie une onde électromagnétique dans le cerveau, ce qui est mortel.
Elle blêmit avant de murmurer.
— Cela fait plus de deux heures qu’elle a cessé de fonctionner.
— Alors il ne faut pas perdre de temps. Asseyez-vous.
Il la libéra de son emprise et elle s’assit sur une des chaises sans faire d’histoire. Benoît continua de préparer ses outils.
— J’ai tout ce qu’il faut sur moi, mais… il faudrait de l’alcool pour la douleur, ajouta-t-il à l’intention de Jean.
— J’ai du vin de messe.
Benoît leva les yeux au ciel.
— Rien de plus fort ?
— Je te rappelle que tu es dans une église.
— Bon, on va devoir s’en contenter.
Le curé alla chercher du vin et le posa devant la jeune femme. Benoît jeta un coup d’œil à Marianne.
— Buvez tout ce que vous pouvez. C’est tout ce que je peux vous offrir pour soulager la souffrance.
Elle se saisit immédiatement de la bouteille et but de longues rasades sous l’œil amusé de Benoît et celui surpris de Jean. Finalement, elle reposa la bouteille et déclara :
— Allez-y, je suis prête.
— C’est juste un mauvais moment à passer, vous vous sentirez mieux après, fit Benoît tout en dégageant les cheveux de la nuque de la jeune femme.
Les muscles de cette dernière se contractèrent alors qu’elle serrait les dents. Le chirurgien improvisé s’empara d’un morceau de coton et passa du désinfectant sur la peau de sa patiente. Cette étape effectuée, il se saisit d’un des canifs, celui à bout pointu. Il se concentra et inspira à fond. Dieu qu’il détestait cette partie du boulot ! Il tâtonna quelques instants du doigt afin de trouver l’emplacement exact de la puce. Quand ce fut fait, il glissa la lame sous l’épiderme de Marianne lui arrachant un cri de douleur. Elle se cramponna au bord de la table pendant qu’il continuait, moins cela durerait et moins elle souffrirait. Il fit une entaille de deux centimètres de longueur. Le sang ne demandait qu’à sortir. Il l’épongea au mieux tout en faisant glisser la puce vers l’interstice de son index.
Tant bien que mal, elle finit par sortir. Benoît s’en empara et la reposa sur la table. Il se débarrassa du couteau pour se saisir de l’aiguille et du fil. Son inattention de quelques secondes suffit à Marianne pour perdre conscience, achevée par la souffrance. Jean se saisit d’elle avant qu’elle ne tombe de sa chaise. Benoît ordonna :
— Tiens-la. Le pire est passé, je n’ai plus qu’à la recoudre.
Il s’appliqua sur sa tâche.
— Tu penses que ça ira pour elle ? s’inquiéta Jean.
Son ami releva un rapide regard sur lui.
— J’ai connu des cas plus désespérés. Mais il va lui falloir un long temps d’adaptation. Tu sais si elle parle allemand ?
— Pas avec certitude. Mais il me semble qu’elle a compris les propos de Schmidt quand il est venu.
— Bon, ça ferait toujours ça de moins à lui apprendre.
Il finit son dernier point de suture.
— Voilà, elle est comme neuve. J’ai besoin de nettoyer tout ça. Où est l’eau bénite ? railla-t-il.
— Tu ne vas pas l’utiliser pour laver des armes ! C’est sacré !
— Ce n’est pas une sorte de bénédiction ce que nous faisons ?
— Il y a un évier juste sur ta droite.
— Très bien, je capitule. Pendant ce temps là, installe-la dans la voiture. Je l’emmène directement au centre.
Jean prit délicatement la jeune femme dans ses bras et se dirigea vers la nef. La voix de Benoît l’interrompit :
— Eh, Jean ! Merci.
Il acquiesça et sortit.
 
…oooOOOooo…

 
Je repris peu à peu mes esprits au rythme de légers cahotements. Je fronçai les sourcils avant d’ouvrir les yeux. Je découvris avec stupeur que j’étais assise à la place passager d’une fourgonnette. Dehors, le soleil se couchait à l’horizon. Je me redressai légèrement pour observer le conducteur, Benoît. Ce dernier me jeta un coup d’œil.
— La belle au bois dormant se réveille ?
— Où sommes-nous ?
— Dans une voiture.
Je levai les yeux au ciel. Cet homme allait m’en faire voir de toutes les couleurs, je le sentais.
— Merci pour cette brillante observation. Vous êtes pires que mes élèves de troisième.
— Merci pour le compliment. Pour répondre à votre question, je vous emmène au centre d’apprentissage. Vous y trouverez logis et nourriture, sans parler de personnes dans la même situation que vous.
J’acquiesçai.
— Le père Jean n’est pas là ?
— Il ne peut pas quitter son église comme ça. Même si ça devient dangereux pour lui… ajouta-t-il avec préoccupation.
— J’aurais aimé le remercier.
— Ne vous en faîtes pas, il le sait.
Il m’adressa un sourire chaleureux, avant de reporter son attention sur la route.
— Comment va votre nuque ?
J’y passai ma main.
— Encore un peu douloureuse, mais ça va. Merci.
— Je vous en prie. C’est mon travail. Reposez-vous, nous avons encore plus d’une demi-heure de route devant nous.
Je le dévisageai quelques secondes. Cet homme dégageait un charme fou, mais j’y étais immunisée. J’appréciais tout de même son assurance. Inexplicablement, je lui faisais confiance pour me maintenir en vie, et pour m’en enseigner davantage sur le nouveau monde dans lequel je vivais.
Je me rallongeai sur mon siège, regardant défiler le paysage. La route cahoteuse serpentait au milieu de divers champs plus ou moins entretenus. Parfois, on apercevait quelques pauvres fermes et leur grange.
— Rassurez-vous, j’ai pris la route soft. Vous ne verrez rien d’atroce ce soir. Je pense que vous avez eu assez d’émotions fortes aujourd’hui.
J’acquiesçai et fermai les yeux.
 
…oooOOOooo…

 
BASE PMV – BERLIN
« L’équipe d’intervention 4 est demandée immédiatement en salle des opérations ».
Adolf grogna. Cela aurait été trop beau qu’ils les laissent en paix rien qu’une nuit. Il poussa à contrecœur les couvertures et se leva. Il pestait silencieusement contre ses dirigeants tout en s’habillant. Le commando qu’il dirigeait venait à peine de rentrer d’une mission de deux mois, mission qui les avait mené jusqu’à la frontière sibérienne. Fort heureusement, ils avaient réussi à mettre la main sur leur proie avant qu’elle ne passe la frontière. Et dès ce soir, ils remettaient ça ! Il porta la touche finale à son uniforme et sortit de ses quartiers.
En quelques minutes, il arriva au QG où l’attendait son supérieur, dirigeant de leur corps d’armée. Il fit le salut habituel.
— Heil Meier !
— Repos, soldat. Toujours aussi ponctuel Kahn. Cela change du reste de votre équipe.
À peine ces mots furent-ils prononcés, que les trois autres membres de son commando arrivèrent en un ordre parfait. Edwige, tout d’abord, jeune trentenaire blonde à la beauté empoisonnée. Il ne fallait pas s’y tromper, elle ne faisait de cadeau à personne. Ensuite venait Hank, d’origine autrichienne et spécialiste du fonctionnement de la puce et de la psychologie des Manuels. Enfin, arrivait le jeunot, Ulrich. Bien que cela fasse deux ans qu’il avait intégré l’équipe, il était toujours considéré comme le petit dernier. Il était d’une loyauté et d’une condition physique à toute épreuve. Adolf le savait apte à faire partie de son équipe, même s’il ne le lui aurait jamais dit. On ne s’épargnait rien au PMV.
Ses hommes firent le salut obligatoire. Le général Oswald put reprendre :
— J’ai une nouvelle mission à vous confier. Depuis combien de temps, n’êtes-vous pas allés en France ?
— Pas assez longtemps à mon goût, général, mais je devine que c’est toujours mieux que la Sibérie.
— Bonne réponse, colonel Kahn.
— Puis-je demander qui est notre nouvelle proie, général ? demanda Edwige d’une voix sèche.
— Tout à fait. Pour changer, vous aurez deux proies dans cette mission. Leur puce a cessé de fonctionner dans la même zone géographique.
Il se saisit de deux fiches en quatre exemplaires qu’il donna à chaque membre de l’équipe. Adolf les étudia avec attention. Elles étaient toujours composée de la même façon : une photo du recherché ainsi qu’une brève description de son identité. La première fiche montrait une jeune femme aux cheveux châtains et à l’air timide. Elle portait le numéro 9562692 et le nom de Marianne Genet. Le suivant était le numéro 6549572. C’était une femme brune d’une quarantaine d’années à l’air volontaire, dénommée Jessie Snyder. Le général ordonna :
— Vous avez carte blanche, mais tâchez de ne pas éterniser cette mission comme la précédente. Prenez tous les moyens pour cela.

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